Le Chant d’Achille – Madeline Miller

Offert par une de mes amies (pour ne pas citer notre chère @ilot_lecture) pour Noël, je me suis empressée de lire le premier livre de Madeline Miller, Le Chant d’Achille (The Song of Achilles) sorti en 2011 et paru en 2015 aux éditions Pocket. J’avoue ne jamais en avoir entendu parler avant la parution de son second livre Circé (déjà présenté sur le blog ici), sorti en 2018 et paru en 2019 aux éditions Pocket.

Madeline est une autrice américaine qui a toujours évolué dans l’univers de la littérature et des langues et cultures anciennes. Quand elle décide de se lancer dans l’écriture de The Song of Achilles, elle se pose la question : « Pour quelle raison le grand Achille perd tous ses moyens à la mort de Patrocle ? » et présente une analyse de leur relation. 

« Although Homer tells us what his characters do, he doesn’t tell us much of why they do it. Who was Achilles?  And why did he love Patroclus so much?  Writing the novel was my way of answering that question. » – Madeline Miller (http://madelinemiller.com/q-a-the-song-of-achilles/)

Madeline prévient néanmoins combien il a été plus compliqué de découvrir la vie d’Achille avant la guerre de Troie. On retrouve beaucoup d’histoires à ce sujet et il a fallu faire des choix qui correspondraient le mieux au livre. Ainsi, on ne retrouve en rien le fameux mythe du talon (oui, je sais, moi aussi j’étais déçue). Pour ceux qui ne savent pas (non je ne vous juge pas), ce mythe raconte que la mère d’Achille, la néréide (ou nymphe) Thétis, aurait plongé son fils dans le Styx, le fleuve des Enfers (carrément) pour le rendre immortel. Problème : elle le tient par le talon, ce qui devient la seule partie du corps du garçon sans protection divine (ou infernale). Et comme Madeline l’écrit elle-même sur son blog madelinemiller.com :

« Every time I have told this story to my middle school students, they erupt into chaos:

‘That’s so stupid!  Why didn’t she just switch heels and dip him twice?’

‘Or go back later, and do it again?’

‘The water would still have seeped in!' »

Ma représentation de Thétis : Eris dans Sinbad, la légende des septs mers

Ainsi, Le Chant d’Achille raconte l’histoire d’amour du grand héros grec avec le timide et maladroit Patrocle. Une légende sortie tout droit des grandes épopées grecques, avec en arrière plan la grande guerre de Troie, où Ménélas vient récupérer sa femme (la plus belle des femmes), Hélène, dérobée par Pâris. Petit rappel tout de même : tout ceci vient d’une pomme lancée à la « plus belle des déesses » et qu’Héra, Athéna et Aphrodite se disputent. On demande à Pâris qu’elle est la « plus belle des déesses » et le mec se fait acheter par une ceinture qui fera tomber la « plus belle des femmes » à ses pieds (il avait le choix avec un empire et une armée mais le mec veut la plus belle des femmes… chacun ses choix, je ne juge pas – je juge fort).

« Ce ne sont encore que des enfants : Patrocle est aussi chétif et maladroit qu’Achille est solaire, puissant, promis à la gloire des immortels. Mais, grandissant côte à côte, un lien se tisse entre ces deux être si dissemblables. Quand à l’appel du roi Agamemnon, les jeunes princes se joignent au siège de Troie, la sagesse de l’un et la colère de l’autre pourraient bien faire dévier le cours de la guerre… Au risque de faire mentir l’Olympe et ses oracles. » – quatrième de couverture Le Chant d’Achille.

The song of Achilles a fait couler beaucoup d’encre puisqu’il parle d’une relation entre deux hommes d’un ancien temps – où les hommes étaient représentés nus sur les murs et sculptés dans le plus simple appareil, rappelons-le. Alors comment expliquer les grandes discussions actuelles autour d’une relation homosexuelle vieille de plusieurs milliers d’années ?

La mythologie grecque nous dépeint des hommes dans leur masculinité la plus pure : fort, viril, courageux, partant fièrement en guerre pour regagner leur honneur (une femme, rappelons le) et tout le monde s’accorde à dire que la masculinité et la virilité ne semblent pas rimer avec homosexualité. Pourtant, tout le livre de Madeline se base sur une théorie : celle de Monsieur Platon lui-même ! De plus, comme l’autrice le précise elle-même, de nombreuses preuves sont disséminées partout dans les livres sans jamais dire explicitement quelle relation les deux héros entretenaient, lançant planer un doute insoutenable pour de nombreux historiens.

Mon avis : 7,7/10 (en gros un bon 8/10)

L’écriture : 8,5/10. Comment vous décrire la qualité d’écriture de Madeline Miller ? J’en ai parlé comme d’une « cuillère de miel » à mes amies. C’est, pour moi, de la pure poésie, très très inspirée des poèmes de l’Antiquité avec le même genre de travail de la grammaire dans les descriptions (bravo à Christine Auché pour la traduction d’ailleurs). Je ne saurais comment décrire le livre dans son ensemble j’ai vraiment beaucoup aimé les descriptions qui par moment ressemblaient à des envolées lyriques, très bien choisies pour décrire les sentiments des personnages. Si Homère racontait les actions de ses personnages, Madeline en présente pleinement les sentiments.

L’histoire : 7/10. Complètement basée sur les anciens textes de l’Antiquité, je ne saurais déceler le réel de l’inventé. La continuité des différents événements est très bien travaillée, et bien que certains passages peuvent nous paraître longs, tout y trouve une explication en temps voulu.

Les personnages : 6/10. Incroyables. Je n’aurais d’autres mots pour y décrire les personnages d’Achille et de Patrocle. Extrêmement bien présentés, on en comprend toute la complexité à chacun et comme se noue leur amitié. Problème : les personnages secondaires sont assez clichés et restent très en arrière-plan de toute cette histoire ce qui explique le simple effleurement de leur histoire. Connaître l’histoire de L’Illiade (en gros la guerre de Troie) permet d’apprécier encore mieux tout le contexte de l’histoire d’Achille et Patrocle.

Mention spéciale : Les décors : 8,5/10. La description est exquise, comme je l’ai expliqué plus haut. Mais les décors me semblent un argument de plus dans ce livre, si vous aimez l’Antiquité et la mythologie grecque. On retourne vraiment un univers mi-réel, mi-idéel avec des plages qui nous semblent sorties de GoogleEarth et pourtant des grottes en quartz rose sorties du Pays des Rêves. C’est un doux mélange qui nous fait voyager dans un monde très brumeux et hésitant. On remarque aussi que la réalité des décors évolue en fonction de la vie des deux garçons (dureté de la guerre VS la beauté des sentiments).

En conclusion, une très belle histoire très bien racontée qui m’a laissée pensive de nombreuses heures. Je voulais continuer de découvrir cet univers alors voici quelques vidéos qui ont accompagnée ma lecture et qui m’ont fait rêver :

Pour l’esthétique de l’histoire

 A écouter pendant la lecture(les parties du livre à lire avec les musiques sont présentées en commentaire)

Pour une présentation imagée des personnages (de très beaux fan-arts de Lemoncholy)

Publié par coeurcarreau

23 ans, le vis bien. Etudiante à emploi du temps de ministre. Très bonne élève en créativité, un peu moins en réactivité.

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