Le consentement – Vanessa Springora

C’est le témoignage d’une femme à propos de sa jeunesse, sur le mal qui lui est arrivé et dont elle n’a pris conscience qu’avec le temps. 

Vanessa Springora met des mots sur une période de sa vie, une période qui la suit encore, car ce sont des choses qui marquent, des choses qui restent. 

« Depuis tant d’années, je tourne en rond dans ma cage, mes rêves sont peuplés de meurtre et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre. »

Vanessa Springora, Le consentement

Elle a 13 ans lorsqu’elle rencontre, pendant un diner plein d’intellectuels du monde littéraire où sa mère est conviée, Gabriel Matzneff. Cet homme, d’environ 30 ans son ainé, lui fait la cour, la charme, jusqu’au jour où elle cède et accepte de le voir. 

A partir de là, la très jeune Vanessa tombera amoureuse de lui, vivra une relation affichée de plusieurs mois avec G. Matzneff. Mais, ne tardera pas la désillusion qui l’amènera à un processus de détachement, où elle essaiera d’échapper à son emprise.

Vanessa Springora manie son récit de telle sorte qu’elle témoigne, mais ne juge pas. Elle interroge la société d’hier, qui n’a pas su la protéger d’un écrivain loué et récompensé et dont les moeurs étaient connues de tous. Comme elle le dit elle-même, elle ne révèle rien, elle raconte juste. 

Ce roman amène à réfléchir sur la définition du consentement. Certes, elle consentait à cette relation, du moins en apparence. Mais ce consentement n’est-il pas erroné lorsqu’une mineure, dont la majorité sexuelle n’est pas atteinte, est sous l’emprise d’un manipulateur implacable ? Nombreuses sont les jeunes victimes à propos desquelles G. Matzneff a écrit, car sachez-le, c’était son mode opératoire : séduire un enfant très jeune de manière à avoir son consentement, l’avoir sous sa coupe et écrire à propos de cette histoire.

« En jetant son dévolu sur des jeunes filles solitaires, vulnérables, aux parents dépassés ou démissionnaires, G. savait pertinemment qu’elles ne menaceraient jamais sa réputation.Et qui ne dit mot consent. »

Vanessa Springora, Le consentement (p. 203)

Le problème n’est pas qu’une jeune fille tombe amoureuse d’un homme vieux. Le problème est qu’un homme vieux ait pour habitude de coucher avec des enfants, de répéter systématiquement ce schéma et d’en écrire des livres qui seront édités et vendus. De plus, ces romans contiennent des noms et assez de détails pour reconnaître ces enfants, du moins par leurs proches. Comme le questionne si bien l’autrice : « La littérature excuse-t-elle tout ? ».

Je conclurai ce billet en disant qu’il est essentiel de lire ce type de témoignage, car le lecteur se situe comme allié auprès de la parole des victimes. Nous vivons, grand heureusement, une époque, où les moeurs changent et où la parole se libère. C’est le combat de nombreuses femmes, à nous de les soutenir à notre niveau. A lire absolument !

A très vite pour un nouvel article 🙂

Publié par Ilôt lecture

Etudiante en histoire de l'art à Paris, aime lire et souhaite partager ses découvertes.

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